Chacun le sait bien : les élections présidentielles se jouent rarement, et pas seulement en France, sur les grandes questions de politique étrangère et de défense. Tout simplement, parce que ces questions, vécues comme lointaines, ne constituent pas le quotidien immédiat de nos concitoyens. Et sans doute ceci explique que la place qui leur a été réservée dans le débat électoral ait été - et je le regrette – trop modeste. Et pourtant, à de multiples reprises, nous nous sommes efforcés, autour de Nicolas Sarkozy, d’éclairer les différents volets de la politique nouvelle que notre candidat entend tracer pour notre pays, s’il était élu le 6 mai. A Cotonou, à Dakar, à Toulon, Nicolas Sarkozy a jeté les bases d’une grande Union entre l’Europe et l’Afrique, qui lui parait indispensable de construire dans les prochaines années.
Le candidat de l’UMP a également eu l’occasion de développer l’analyse qui est la sienne des conflits du Proche-Orient et notamment de la très grave question nucléaire iranienne. Nicolas Sarkozy a détaillé aussi bien en France que lors de ses déplacements dans les différentes capitales européennes le plan de sortie de crise qu’il entend mener pour sortir la France de l’isolement européen dans lequel l’a plongé le referendum du 29 mai 2005. Enfin, à l’occasion d’une Journée consacrée à la politique de défense de notre pays, le 7 mars dernier, Nicolas Sarkozy a tracé les grandes lignes de son projet présidentiel sur ces questions essentielles touchant à la sécurité des Français.
Un mot pourtant cher à Nicolas Sarkozy, a été largement occulté dans le débat public tout au long de cette campagne électorale, c’est celui de désarmement. Je souhaiterais donc évoquer ce volet qui me semble inséparable de notre action diplomatique et de sécurité, en espérant qu’il soit l’occasion pour les Français de réfléchir à la nouvelle donne internationale autour de nous, aux risques qui en découlent et aux initiatives que tous ensemble nous pourrions prendre pour le bien commun.
S’il est élu Président de la République, Nicolas Sarkozy entend en effet que la France reprenne l’initiative dans ce domaine, même si – et précisément parce que - la situation actuelle du désarmement n’incline guère aujourd’hui à l’optimisme.
Quelle est en effet cette situation ? Après une brève embellie immédiatement consécutive à la chute du Mur de Berlin et à la dislocation de l’empire soviétique en 1989-1990 qui avaient vu entre autres l’élimination des armes nucléaires des deux Grands du sol européen, dix ans plus tard, le monde assistait impuissant à une course aux armements ouverte entre l’Inde et le Pakistan, à la prolifération de la Corée du Nord, et aujourd’hui à celle - que nous pouvons encore stopper - de l’Iran. Pendant cette période, et alors que se multipliaient les guerres et les attentats terroristes, des risques nouveaux de course aux armements apparaissaient en Asie ( le budget de défense de la Chine augmente régulièrement de 18% par an, tandis que ce pays vient de se livrer à un premier essai d’armes anti-satellites), mais également entre Américains et Russes, au sujet du déploiement de systèmes anti-missiles en Europe. Tout aussi préoccupant est le fait que, dans le sillage de la Corée du Nord et de l’Iran, plusieurs pays envisagent à présent de développer une capacité nationale d’enrichissement de l’uranium. Dans le même temps, des quantités considérables de matières fissiles pouvant être utilisées à la fabrication d’armes nucléaires demeurent disséminées à travers le monde dans des conditions de sécurité souvent très insuffisantes (comme l’a rappelé tout récemment le reportage consacré dans ces colonnes au réacteur de recherche construit dans les années 50 à Kinshasa – Le Monde du 18 avril 2007), ce qui en fait autant de cibles potentielles pour tous ceux qui souhaiteraient s’en emparer. Enfin, tandis que les connaissances et l’expertise nécessaire pour fabriquer des armes de destruction massive ne cessent de se répandre à travers le monde, nous savons que des groupes terroristes divers cherchent à entrer en possession de telles armes afin d’infliger au Monde le maximum de pertes humaines.
Et pourtant dans le même temps, à Genève, les négociations de désarmement sont au point mort depuis de nombreuses années. Le traité de non prolifération est aujourd’hui ouvertement menacé. Bref aucune solution de nature diplomatique ne semble pouvoir, à ce stade, endiguer la montée de ces périls.
Faut-il donc se résigner à la violence et à des réponses qui ne viendraient que trop tard et qui ne pourraient être que militaires ? La réponse bien entendu doit être négative, et il appartient à la France, membre permanent du Conseil de sécurité et puissance nucléaire de prendre l’initiative d’une vaste relance à l’échelle internationale du processus de désarmement.
Je veux dire ici, en forme d’hommage à Jacques Chirac, que la France n’a pas manqué d’agir ces dernières années. Elle l’a fait sous la forme de plusieurs décisions unilatérales courageuses. Qu’il s’agisse de la fermeture du site d’essais nucléaires de Mururoa, de l’élimination de notre stock d’armes nucléaires tactiques (Pluton et Hadès), de la suppression de la composante terrestre (MSBS du Plateau d’Albion) de notre force de dissuasion, la France a essayé de donner l’exemple au monde, d’une politique de réduction significative du niveau des armements nucléaires. Elle a fait de même en matière de mines anti-personnelles. Mais malheureusement, s’agissant des armements nucléaires, l’exemple français n’a pas été suivi d’effet. Force est de constater que les sites d’expérimentation nucléaires américains, russes et chinois demeurent opérationnels, que l’Inde et le Pakistan ont de leur côté procédé à des essais en 1998, suivis par la Corée du Nord en 2006. Il est donc clair malheureusement, que l’approche unilatérale ne suffit pas et qu’il nous appartient donc de proposer un plan d’ensemble plus ambitieux, un plan qui fasse porter l’effort de la façon la plus équitable possible à la fois sur les puissances nucléaires existantes et sur les grands pays émergents désireux d’avoir accès à l’énergie nucléaire civile.
Huit axes principaux pourraient servir d’articulation à une stratégie de désarmement global impulsé par la France sous l’égide des Nations Unies :
Premièrement, la sécurisation des stocks de matières fissiles à travers le monde, et partout où c’est possible l’élimination de matières fissiles de qualité militaire. Deuxièmement, la généralisation à l’échelle de la planète du Traité INF, visant à l’élimination des armes nucléaires tactiques et à moyenne portée.
Troisièmement, l’interdiction de la production de matières fissiles à des fins militaires.
Quatrièmement, la mise en place rapide comme Nicolas Sarkozy l’a déjà proposé au côté de Mohamed El Baradei d’une Banque internationale du Combustible nucléaire, sous l’égide de l’ONU et de l’AIEA, afin d’offrir une alternative crédible à des programmes nationaux d’enrichissement d’uranium dans les pays émergents.
Cinquièmement, l’entrée en vigueur du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Sixièmement, la création partout où c’est possible de zones dénucléarisées, les zones les plus urgentes concernant la péninsule coréenne et le Moyen-Orient.
Septièmement, le lancement d’une négociation globale sur les systèmes anti-missiles prévoyant si nécessaire leur déploiement éventuel à des niveaux les plus bas possibles face à des proliférateurs, mais en accord notamment avec la Russie.
Huitièmement, enfin le renforcement des dispositifs de sécurisation de l’espace en incluant en particulier l’interdiction des armes anti-satellites.
Ces objectifs, compte tenu de l’état d’insécurité profonde de la planète, pourront paraître je le sais trop ambitieux, voire irréalistes à certains. Nous restons cependant convaincus que l’honneur du politique est précisément d’apporter, partout où c’est possible, les solutions nécessaires au bien commun. L’enjeu n’est rien d’autre ici que de sauvegarder la paix ou de se résigner demain à la violence. Nicolas Sarkozy, pour sa part, préfère la première option et tout tenter pour y parvenir.
